Titus n’aimait pas Bérénice

Titus n’aimait pas Bérénice

J’ai lu… et j’ai aimé…

Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai

Je ne connaissais pas l’auteur, le titre m’avait intrigué, alors je me suis lancé, j’ai lu et j’ai aimé. C’est un livre difficile, austère mais très attachant. Si vous n’aimez ni Racine, ni le siècle de Louis XIV : abstenez-vous. En revanche si l’histoire, si la genèse de l’écriture, si vous aimez « fouiller les âmes » comme disait Flaubert alors ce livre est pour vous.

Dans un café parisien, Titus quitte Bérénice. Il l’aime, mais pas assez pour continuer à faire souffrir son épouse légitime. Bérénice, terrassée par la douleur s’interroge. Titus l’aime-t-elle autant qu’elle l’aime ? Elle relit la pièce de Racine et découvre le génie du poète. Elle veut comprendre comment un homme du XVIIème a pu explorer l’âme féminine avec tant de réalisme. Alors elle va se plonger dans son œuvre et tout lire pour tenter de comprendre. Elle veut faire de Racine son « frère de douleur », veut tout connaître de sa vie, de ses amours, de ses interrogations, devenir son double, s’imprégner de son style, de sa langue pour exprimer à son tour sa propre détresse dans le « langage du chagrin » qu’utilise le poète.

 

Elle découvre la vie de Racine, son enfance à Port-Royal, son éducation très religieuse avec ses maîtres jansénistes, puis sa découverte du monde, de la cour, des femmes et surtout du Roi à qui il va porter toute sa vie une admiration troublante. Racine est écartelé entre cette nouvelle vie de cour ou le plaisir est règle et son éducation janséniste. Ce combat permanent entre les vertus de rigueur, d’austérité et de dépouillement que ses maîtres lui ont enseignées et la vie qu’il mène à la cour vont devenir le thème de ses tragédies dont les héroïnes sont toutes des femmes amoureuses : Andromaque, Phèdre, Iphigénie, Athalie, Bérénice… qui pour vivre leurs passions vont défier la morale, au grand dam des ses anciens maîtres jansénistes qui blâment à la fois ses tragédies et sa conduite à la cour.

Pour tenter de comprendre ce qu’est la passion, l’auteur multiplie les exemples et nous offre plusieurs versions qui se déroulent à des siècles différents. D’abord, dans l’antiquité avec les personnages de la pièce puis, au XVIIème avec Racine et Du Parc la grande tragédienne, son actrice fétiche, puis Racine et Marie qui à la mort de Du Parc la remplacera dans le cœur du poète ; et enfin cette version contemporaine, un autre Titus, une autre Bérénice qui vont s’aimer et se quitter.

Titus aimait-il Bérénice autant que Bérénice aimait Titus ?

La question restera sans réponse. « …vouloir comprendre ce qu’on appelle l’amour, c’est vouloir attraper le vent » nous dit l’auteure.

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